L’industrie du coton

Durant 6 mois, nous avons voyagé et étudié les problématiques relatives au coton. Une industrie qui pèse plus de 800 milliards de dollars par an, et qui laisse des millions de petits producteurs de coton dans la misère la plus extrême. Portrait.

Le coton conventionnel
La production mondiale de coton équivaut à environ 25 million de Tonnes par an et est dominée par 4 pays : la Chine, les USA, l’Inde, et le Pakistan, qui représentent 70% de la production mondiale de coton. Ensuite viennent le Brésil, l’Afrique de l’Ouest, L’Ouzbékistan et la Turquie.

Au total ce sont 125 millions de personnes qui dépendent directement du coton pour leur survie.

Troisième producteur mondial de coton, l’Inde compte pour 17% de la production mondiale.
L’Afrique francophone représente moins de 5% de la production mondiale de coton, mais ses exportations représentent 15% du commerce mondial.

La consommation mondiale de fibre de coton a augmenté de 2% annuellement depuis 1940, et le coton occupe 40% des ventes de fibres vestimentaires. Malgré cela, une chute des prix sévit dans le secteur depuis plusieurs années.

La chute des prix du coton est causé par :

• Une surproduction chronique de coton
• La concurrence des fibres synthétiques (60% du marché)
• L’augmentation constante de la productivité sans respect de l’environnement
• Les subventions des USA et de l’Europe à leurs producteurs
• Le ralentissement de la croissance mondiale
• Les variétés cultivées et la qualité des fibres

Le graphique suivant présente l’effondrement des prix mondiaux du coton dans les 10 dernières années.

Le problème des subventions
Dans des pays tels que la Chine, les USA, et l’UE, les gros producteurs de coton font pression sur leur gouvernement afin d’obtenir des subventions. Le résultat est que cela favorise une surproduction de coton, et entraîne l’effondrement des prix du coton, à des niveaux inférieurs au coût de production des producteurs.

Aux USA, 25% des subventions sont accordées aux 1% des agriculteurs les plus riches, 75% des subventions vont aux 10% des fermiers américains les plus riches.

Les subventions des USA et de l’UE ont causé une perte de 300 millions de dollars en manque à gagner pour le continent Africain. Sans les subventions, la production cotonnière Américaine aurait baissé de 29% en 2001-2002 et les exportations de 41%. L’OMC qualifie ces subventions de dumping illégal. Malgré cette condamnation, les USA continuent de subventionner leurs producteurs ce qui entraîne directement la ruine des petits producteurs de coton notamment africains et Indiens.

Les problèmes rencontrés par les producteurs

Au Nord (USA)

Malgré les subventions beaucoup de producteurs restent endettés car 75% des subventions vont a 10% des fermiers les plus riches.

Au Sud (Inde)

Le niveau de vie des producteurs est très bas. Ils dépensent des sommes énormes, toujours en augmentation, pour l’achat des semences et pesticides. De nombreux producteurs s’endettent pur acheter semences, fertilisants et pesticides, et ne parviennent pas à rembourser. Beaucoup n’ont d’autre choix que de s’ôter la vie en ingérant les pesticides. On dénombre plusieurs milliers de cas de suicides dans les dernières années en Inde.

(Afrique de l’Ouest)

Le dumping pratiqué par les pays du Nord d’une part ne permet pas d’avoir un bon prix pour le coton et, d’autre part il cause des pertes de plusieurs millions d’euro si bien que certains pays ne peuvent relever leurs économies, et doivent avoir de nouveau recours aux prêts des organismes internationaux comme la Banque Mondiale.

La culture du coton est l’une des plus polluantes au monde compte tenue de l’énorme quantité de pesticide utilisée. En effet, 25% des pesticides produits dans le monde sont utilisés par la culture du coton. Aux USA et en Inde, 50% des pesticides sont destinés à la culture du coton.

Ce Sont plus de 8 000 produits chimiques différents qui sont utilisées dans la culture et la transformation du coton.

On estime à plus de 40 000 le nombre annuel de morts dues aux pesticides (http:www.pesticideinfo.org). Ce sont environ 1,5 litres de pesticides qui sont utilisés dans la culture du coton utilisé dans la fabrication d’un seul T-shirt ! L’utilisation des produits chimiques augmente le taux de sels minéraux dans le sol, entraînant la salinisation des terres.

La déforestation est l’un des effets pervers de la culture du coton en Afrique et en Inde, car il faut abattre les arbres aux alentours des parcelles cultivées dans la mesure où la culture du coton ne supporte pas l’ombre.

La monoculture très répandue dans les zones cotonnières, épuise les terres.

La culture du coton nécessite énormément d’eau si bien que des rivières doivent être détournées, des barrages construits ou des pompes installées pour puiser l’eau du sol.

Coton et santé
Les pesticides utilisés sont sources de nombreuses maladies non seulement pour les producteurs qui y sont directement exposés mais aussi pour leurs familles. Les enfants dont les parents utilisent des pesticides chimique pour la culture ou la jardinage ont 7 fois plus de chance d’être victimes de leucémies.

Certains producteurs souffrent de perte de poids, de tremblement, de maux de tête, d’affections des reins, d’affection du système nerveux, on observe aussi des affections du fœtus en développement, des cancers de la prostate, du sein, des immunodéficience du foie.

Le coton OGM
Le coton OGM –ou coton Bt- porte un gène de production de la toxine Bt. Cette toxine tue certains nuisibles qui s’attaquent au coton. Seulement 5 entreprises contrôlent les neuf dixièmes des semences OGM. Selon ces companies, l’avantage de ce coton est double : de meilleures récoltes et une utilisation de pesticides réduite. Ces entreprises exercent d’énormes pressions sur les gouvernements des pays du Sud pour que soit implanté le coton BT.

Parmi les risques environnementaux liés aux OGM on compte le risque de dissémination des gènes mutants vers d’autres plantes ou cultures et l’apparition possible de super nuisibles : des insectes résistants avec le temps à la toxine BT.

En Inde, le constat est que les producteurs de coton sont pris dans la spirale de l’endettement si bien que certains en viennent à se suicider. Les semences OGM coûtent en moyenne 6 fois plus cher que les semences ordinaires. Ils vendent les semences OGM aux producteurs en alléguant que ces derniers vont épargner 50% de leurs dépenses en pesticides et que leurs récoltes s’en trouveraient améliorées. La plupart du temps, cela s’est avéré faux.

La filière équitable concernant le coton est, comme pour le café équitable, une filière produit. C'est-à-dire que c’est le coton en tant que matière première qui est labellisé par FLO-I et Transfair Canada.

Le coton équitable permet au producteur de percevoir un prix minimum garanti quelles que soient les fluctuations de la matière sur les cours mondiaux.

Ce prix garanti couvre les coûts de production et de la vie du producteur, ainsi que les surcoûts liés aux contraintes de la certification.

En plus, les organisations de producteurs reçoivent une prime de développement pour financer des projets décidés par la communauté. Cette prime est destinée au groupement de producteurs, pour le financement de projets décidés par les membres, en assemblée générale, notamment des projets utiles et nécessaires à l’ensemble de la communauté (l’accès à l’eau avec construction de forages, l’accès à l’éducation pour les enfants, l’accès à des soins médicaux, etc…).

Le prix équitable
Le prix minimum garanti et la prime du commerce équitable (les prix du commerce équitable correspondent aux prix payés aux producteurs pour leur coton brut non égrainé). Le système de commerce équitable de Fairtrade Labelling Organisations (FLO) fonctionne sur la base d’un prix minimum garanti payé au producteur pour la matière première additionné d’une prime au développement.